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18 octobre 2006

du poisson pour le dîner

Culotte bas en laine sous le pantalon, moufles et bonnet je descends les escaliers, mon vélo est au bas de l’immeuble. Il est encore là. Les voisins me disent qu’il va disparaître, je réponds que personne ne voudrait d’une telle épave.

Je retire mes moufles pour le décadenasser, renfile mes moufles et enfourche ma bécane de marque "immortel ", de fait elle doit déjà avoir 20 ans. Je l’ai achetée dans la rue à un bricoleur qui s’installe tous les jours sur le trottoir près de chez moi.
C’est un vélo lourd, haut et long. Couleur noir rouillé. Il faut quelques mètres de zigzags pour trouver le bon équilibre, le verglas de ce jour d’hiver n’arrange rien.  Ensuite, lorsque aucun obstacle ne s’interpose, vient l’impression de pouvoir rouler, filer 10000 lieux sans sourciller.
Quelques voisins me font signe, me demandent si je vais travailler ?
– Non, je vais faire des courses. 
Jour de congé. Flâner et ramener de quoi préparer le repas de midi. Des légumes et du poisson.
Un mot à la gardienne en uniforme du xiaoqu et me voilà sur la piste cyclable. Odeur d’hiver, les pneus qui crissent sur la neige, devant moi un rickshaw trace trois lignes, des sillons où un peu d’eau commence à ruisseler, le soleil est aussi de la partie de ce matin d’hiver ; il est déjà neuf heures et demi.
La piste cyclable est protégée de l’avenue par une barrière de plus d’un mètre de haut. Peu de voitures et des petits immeubles bien carrés des deux côtés de la route. Je n’habite portant pas loin du centre ville, c’est un kilomètre plus au sud, vers le supermarché où je me rends. La circulation est y souvent dense. Ce petit centre-ville est comme la petite embouchure d’un vaste entonnoir où quelques kilomètres carrés citadins se hérissent au milieu d’un cercle champêtre de plus de 50 kilomètres de rayon.

Le petit klaxon du rickshaw trompette. Devant lui de longues tiges d’acier sur une charrette poussée à la main. J’essaie de doubler mais une vespa vient en sens inverse. Pas de sport aujourd’hui, roue libre, et puis j’ai trouvé un magasin qui vend ma marque de cigarettes.  Je descends du vélo que je pousse sur le trottoir vers le petit kiosque. Le vendeur me demande si j’ai mangé, je lui demande si les affaires vont bien, lui offre une cigarette. Sont-elles des contre-façons ? Il veut savoir combien je gagne par mois, d’où je suis. Je réponds à peu près et m’en vais.
Je remonte sur l’ « immortel » et vais descendre du trottoir mais je dois d’abord laisser passer une belle grosse voiture noir luisant qui s’ébroue devant moi en direction de la piste cyclable.

Une belle et grosse voiture a la priorité sur une petite voiture qui a la priorité sur les cyclistes et les camions, sauf quand ils viennent à grande vitesse. Les deux roues ont la priorité sur les piétons. Cet ordre des préséances est cependant réversible suivant la fortune, la position sociale du cycliste ou du piéton, il faut être prudent sur tous les fronts.  Droite ou gauche importe peu, c’est la priorité à formes variables. panda
Avec force de coups de klaxons la voiture noire balaie la piste cyclable. Les cyclistes posent pied à terre, le pousseur de charrette presse le pas pour laisser la limousine rejoindre la route. Je ne vois plus le rickshaw, il a du trouver un moyen pour dépasser la charrette, peut-être un sprint sur l’avenue.
Le chauffeur de la voiture, sans doute un homme d’affaire, rejoint la route et continue de klaxonner.

Les longues tiges métalliques, plus de 5 mètres, ondulent à chaque pas de leur transporteur. Elles serviront peut-être au béton armé de l’appartement qu’achètera le petiot assis sur le porte bagage de sa maman, nous nous croisons. Elle est belle, jeune. Son coup de pédale est énergique et prudent à la fois. 
La chaussée n’est plus aussi glissante qu’au premier jour quand toute la ville était blanche. Des collectifs de citoyens se sont formés pour casser les plaques de glace.
Les tiges de fer chaloupent souplement. Elles sont posées sur la charrette sans être attachées, leur poids suffit à leur assise. L’homme pousse en tenant  les deux manches espacés d’un mètre. Dos courbé,  bras écartés. Sous le bleu de travail élimé, il porte des vêtements de corps en coton synthétique et de haut en bas : deux culottes bas et trois pulls en mauvaise laine, tous tricotés par sa femme. Ce n’est pas un homme perdu ni un hors caste. Il a une maison, un ou deux enfants, et s’il vient de la campagne, il retrouvera sa femme pour la fête du printemps toute proche. C’est ce que son dos me dit.
Sur les côtés les boutiques de plus en plus nombreuses finissent par ne plus s’interrompre. J’envisage une tentative de dépassement de la charrette mais des rires derrière mon dos me retiennent, je me fais doubler par deux jeunes échevelés qui discutent gaiement sur le même vélo.
Jour de congé, je n’ai qu’à pédaler tranquillement et puis le supermarché n’est plus qu’à une centaine de mètres.
Nous arrivons au carrefour du centre ville, en fait un rond point. Pas de feux rouges, pas de policiers, pas de passages cloutés ; juste une ouverture dans la barrière qui sépare la piste cyclable de la route et qui de toute évidence montre l’endroit où l’on peut traverser. Je ne sais pas comment s’y  prendra l’homme à la charrette.

Un rapide coup d’œil, un slalom rapide entre les voitures me permettent de me retrouver de l’autre côté avant même qu’il n’ait réussi à freiner sa charrette.

Devant le supermarché il y a le rickshaw de tout à l’heure, le chauffeur discute avec ses collègues au milieu d’un troupeau de ces véhicules faméliques. Ils me regardent et ricanent. Je pose pied à terre un peu plus loin, devant la porte du supermarché. Fermé ! Je trouve un employé qui me dit que, pour je ne sais quelle raison, ce matin c’est fermé.
Il me reste le marché et ses prix élastiques. Les légumes et autres viandes y sont généralement moins chers et de meilleure qualité, mais que de palabres pour une laitue ! Avec mon statut de peau de riche, je pars rarement gagnant dans les marchandages. J’y vais quand je suis de bonne humeur ou quand je n’ai pas le choix puisque l’on m’a envoyé faire les courses. Si j’étais seul, je me contenterai d’un bol de nouille dans un petit restaurant. Enfin allons-y, cap vers l’ouest, ensuite je pourrai rentrer chez moi par un autre chemin. J’aime ne pas devoir faire le même chemin en sens inverse.
J’entends les hellos rieurs des chauffeurs de rickshaws dans mon dos, j’essaie de ne pas y prêter attention. Je dois retraverser la route. Je ne sais pas pourquoi, justement à cet endroit il n’y a pas de policiers. Peut-être parce qu’il n’y a pas de feux rouges ? A bien y réfléchire c’est sans doute pour ne pas entraver la fluidité du trafic. Ils sont présents à tous les carrefours du centre, sauf au plus important.

Je ne sais pas quel critères ils ont pour arrêter un véhicule. Je les vois toujours occupés à essayer de dresser des PVs et l’automobiliste est toujours en train d’appeler quelqu’un sur son portable. Si la police avait des actions dans les télécoms, elle pourrait refaire une partie de l’argent des PVs qui sautent grâce à un coup de fil.
Je n’ai pas de conseils à leur donner. Je freine. Un bus s’est arrêté devant moi et les passagers encombrent la piste cyclable. Une jeune fille en profite pour glisser une publicité dans le panier accroché à l’avant de mon vélo. Du papier glacé, certainement une publicité pour acheter un appartement dans l’un de ces nombreux nouveaux immeubles. Les passagers du bus se sont dispersés, en laissant quelques hellos dans l’air frais. Je reprends un coup de pédale aisé, la fille du prospectus était jolie.

Cette artère est fréquentée, pas de neige sur la chaussée. Sur le trottoir, des petits vendeurs proposent des livres, des lunettes de soleil et des ceintures. J’arrive à hauteur d’un marché, ce n’est pas celui de mon quartier et je n’ai aucune chance d’en ramener quoique ce soit de valable. J’y jette un œil, pas long, un ballon roule devant ma roue, un gamin  courre derrière mon vélo, le cycliste qui vient en face fait grincer des freins rouillés.

Au prochain carrefour je prends la rue qui remonte vers le Nord. Quelques agents de police et une camionette. Ils y entassent des vespas sans plaques d’immatriculation et celles qui polluent trop. Effort national pour enrayer la pollution, améliorer le trafic, les ordres viennent de la capitale et ce n’est pas la peine d’essayer de téléphoner  pour obtenir un passe droit. Mei banfa ! Y’a rien à faire, c’est comme ça.
Cette rue est plus étroite, le goudron est de nouveau recouvert de plaques blanches, il y a des nids de poule.
Sur les côtés, des petits ateliers de serrurerie. A même le trottoir des ouvriers assemblent et soudent des barres de métal. Le principal de leur production ce sont des barreaux assemblés, avec plus ou moins de goût, que l’on pose devant les fenêtres pour se prémunir des voleurs. J’en conçoit l’utilité pour les étages du bas, mais ces barreaux envahissent les fenêtres jusqu’aux derniers étages. Un signe extérieur de confort, une manière de mieux renfermer l’intimité familiale ? Eux ils soudent et si la commande est bonne, ils ne s’arrêtent qu’après dix heures du soir. Entre ces ateliers, il y a des salons de coiffure pour hommes fatigués. Derrière des portes de verre fumé, des jeunes filles venues de la campagne proposent des soins capillaires, un chouette shampoing avec un massage du crâne et des omoplates. Elles vous remettent un homme à neuf. J’essaie d’en apercevoir quelques unes mais elles sont toutes à l’intérieur, serrées autour d’un poêle.
Qu’est-ce que je devais acheter déjà ?
Quelqu’un m’interpelle, c’est un son différent des hellos dans mon dos. Je m’arrête, retourne la tête. Oh c’est lui. Je lui explique que je ne peux accepter son invitation pour le déjeuner, je suis en route pour faire les courses et j’ai du monde à la maison. Alors ce sera pour une autre fois.

Posté par bbristo à 20:01 - train train - Commentaires [0] - Permalien [#]

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