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18 octobre 2007

Chongyang jie, la fête du double neuf

La fête du double 9, le 9e jour du 9e mois est une ancienne fête traditionnelle chinoise. Depuis la fin des années 80 elle est aussi la fête des personnes âgées.
C’est une histoire de chiffre. En chinois, 9 est un homophone du mot longévité. Un double neuf est évidemment de bonne augure pour les personnes âgées à qui on recommandera encore de boire un peu de vin de chrysanthème pour vivre cent ans de plus.
Dans la symbolique de l’Antiquité chinoise, le 9 représente le principe Yang (ressortez vos vieux
Yi Jing), le soleil, la chaleur, le masculin. Un double 9 c’est l’apothéose du Yang dans la numérologie du calendrier et cela juste avant le règne du froid, l’hiver, le principe féminin : Yin.
Nous profiterons donc des derniers beaux jours de l’automne pour grimper sur une colline et boire des coupes de vin de chrysanthème, cette coutume remonte au minimum au début de notre ère.
Une légende reprise dans le
Xu Qi Xie Ji", écrit par Wu Jun au 6ème siècle raconte qu’un maître taoïste avertit son disciple qu’une catastrophe imminente allait s’abattre sur le village de ce dernier et lui donna pour instruction d’ordonner à tout le village de grimper sur la colline et d’y boire du vin de chrysanthème. Quand ils en redescendirent, tout leur bétail était les tripes en l’air, massacré par les démons.
Dans son livre Fêtes et Banquets en Chine, William Chan Tat Chuen explique que la coutume de monter sur les hauteurs pourrait refléter une habitude née du besoin de protéger les dernières récoltes de l’année contre les pillards en les cachant dans un endroit éloigné des habitations.
Dans son livre Chan Tat Chuen donne aussi la recette d’une friandise apparentée à la fête. Ce sont des petits gâteaux, de la farce entre deux couches de pâte. L’on peut multiplier les étages, mais il serait bête de vouloir que ces petits sandwichs sucrés aient plus de neuf étages. Leur nom, Gao, rappelle, en chinois, le mot « hauteur. »
Ce sont les gâteaux pour ceux qui ne peuvent grimper sur les collines ce jour là, pour ceux qui y sont et cherchent quelque chose pour accompagner le vin de chrysanthème et aussi pour tous ceux qui espèrent qu’en les mangeant ils deviendront des étoiles montantes.

La fête de Chong Yang est aussi appellée la fête des chrysanthèmes, fleurs d’automne et symbole solaire. C’est ce nom que les traducteurs de La Cité Interdite, le dernier film de Zhang Yi Mo, ont choisi pour traduire la fête du double neuf que célèbrent les personnages du film.                          chrysanth_me


En 2007, la fête des chrysanthèmes solaires c'est demain, le 18 octobre

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06 octobre 2007

les anniversaires de Confucius

Le 28 septembre, Taiwan, la Corée, le Vietnam et d’autres pays ont fêté l’anniversaire de Confucius. Pour les deux premiers cette commémoration est aussi le Jour des Enseignants et cette année l’état de New York s’est aussi associé à cette double fête.                                c_r_monie
En Chine après plus de cinquante années de black out politique sur l’anniversaire du Maître, le Parti a fêté en grande pompe et pour la deuxième année consécutive son anniversaire, ses 2557 ans, dans sa ville d’origine : Qufu au Shandong.


Confucius, le retour ! Après avoir été l’épouvantail des étudiants qui ont fondé la République de Chine en 1911, Chiang Kai Chek lui redonna droit à son culte, aussi important que le culte du Ciel. Ce culte très ancien avait lieu le 27e jour du 8e mois du calendrier chinois, jour présumé de la naissance du philosophe. Quand les communistes eurent chassé Chiang Kai Chek, ce dernier emmena avec lui à Taiwan la doctrine confucianiste que les Marxistes rejetaient.
Dès lors plus de Confucius en Chine continentale, Taiwan établi sa date anniversaire le 27 septembre tandis que Honk Kong continuait et continue encore de le célébrer le 27e jour du 8e mois, c’est à dire le 7 octobre de cette année.

Avec les réformes entreprises par Deng Xiao Ping, après le décès de Mao, une certaine liberté de culte vit le jour et c’est dans ce contexte que des fidèles se retrouvèrent au temple de Confucius pour son anniversaire. Et puis, depuis 2006, son anniversaire est à nouveau au programme officiel, diffusé sur la chaîne de télévision nationale !

Combien a-t-il fallu d'abnégation ou de tours de passe-passe idéologique au Parti Communiste pour s'afficher devant unhomme_en_robe temple où tournoient des danseurs en longues robes fuchsia ?
La question n'est pas vraiment importante, il faut surtout essayer de comprendre où en est l’intérêt, l'intérêt du Parti et donc de la Chine, cette nouvelle nation qui si elle peut être prise comme un modèle de développement économique, se doit maintenant de retrouver une identité culturelle avec des penseurs qui firent et feront plus long feu que Marx et Mao. Suivez mon regard.

Confucius va donc servir de tête de proue à ce grand mouvement du retour aux valeurs traditionnelles garantes d'un ordre social à l'intérieur puis, son image étant facilement exportable, il devient aussi la carte de visite de la Chine à l'étranger. Il y a déjà plus de 190 Instituts Confucius de par le monde pour apprendre la langue et la culture chinoise.
                                                                       confucius_logo
La dernière question est de savoir quand les Chinois accepteront d'ôter à Confucius ce qui n'est pas à Confucius. Pour la grande majorité des sinologues occidentaux, Confucius aurait bien vécu au 6e avant notre ère mais il n'aurait rien écrit lui-même. Les Analectes ou Lun yu, l'ouvrage dont il est le plus vraisemblable qu'il contienne un peu de la pensée du grand homme, auraient été écrits par des disciples après sa mort. Il n'est pas non plus l'initiateur du Confucianisme, cette doctrine qui date du début de notre ère vient du travail de lettrés au service des différentes dynasties. Le confucianisme a donc changé au gré des siècles et il n'est pas près de se rapprocher de la vie et des pensées du sage.

Deux journalistes dont je me suis servi des textes pour ce billet : Frédéric Koller et Jane Macartney

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23 septembre 2007

du monde sur la lune

Les origines de la Fête de la Mi-Automne remontent à l’Antiquité. Il est difficile de savoir si elle était d’abord une fête agricole célébrant la fin des moissons et le Dieu du Sol ou si elle était dès le départ un culte pour la lune, symbole Yin (principe féminin), garante de la pluie, de la fertilité et de la fécondité.
Ce culte aurait d’abord été réservé aux femmes mais nous savons que dès l’empereur Wu Di
(157-87 B.C.) des Han, la lune était aussi l’objet de sacrifices royaux. Néanmoins la lune tout comme le soleil n’ont pas été déifiés, même s’ils sont d’engeance divine.
Il y avait 10 soleils, un pour chaque jour de la semaine du calendrier lunaire et douze lunes, une pour chaque mois. En attendant leur tour ils restaient perchés sur un arbre Puis leurs mamans, deux divinités, les plaçaient sur un char, les emmenaient à tour de rôle à travers le ciel puis les lavaient des poussières du voyage pour qu’ils et elles restent resplendissants et soient prêts pour leur prochaine sortie céleste.
Cette légende forme le terreau de la légende la plus connue de la fête de la Mi-Automne, celle de la belle Chang E et de l’herculéen archer Hou Yi.
Leur histoire se raconte de manières différentes mais nous y retrouvons toujours les passages charnières suivants :
1 Hou Yi descend à coup de flèches neuf des dix soleils qui avaient décidé de sortir en même temps provoquant ainsi la pire fournaise que l’homme n’ait jamais pu imaginer sur terre.   chang_E__hou_yi
2 Lui et son épouse, Chang E, reçoivent une pilule d’immortalité.
3 Chang E croque la pilule toute seule, devient légère et flotte jusqu’à la lune ou elle se morfond éternellement en compagnie d’un vieil homme, d’un lièvre et d’un crapaud.

Les différentes versions diffèrent notamment sur le mobile de Chang E. Voici 3 différentes variantes.
L’amie du peuple : Après son exploit, Hou Yi devient un despote alcoolique que le peuple déteste. De peur de voir le peuple opprimé pour l’éternité Chang E se sacrifie et avale la pilule toute seule.
La femme vertueuse : Lors d’une absence de son mari Chang E est d’abord courtisé puis brutalisé par un méchant qui veut partager la pilule avec elle pour en faire son éternelle épouse. De nouveau elle se sacrifie.
La femme cupide : La pilule d’immortalité ne pouvait offrir qu’une très longue vie si elle était partagée. Préférant l’immortalité elle la croque seule puis, punie, elle se retrouve transformé en crapaud sur la surface de la lune.

Le crapaud est un animal lunaire, il n’est donc pas étonnant de le voir associer à la belle. Quand les légendes décideront de lui redonner sa morphologie de jeune beauté chinoise, la statuaire la représentera souvent sur un crapaud à trois pattes.
Le lièvre est le deuxième animal associé au disque lunaire et aux légendes de celle qui est devenue déesse de la lune. A noter que, comme le crapaud il est aussi symbole de longue vie et de fécondité. Au côté de la déesse, Ming Ji le lièvre est sans cesse occupé à préparer un remède qui permettrait peut-être à Chang E de retrouver le lit de son mari. Le lièvre joue du pilon et du mortier et personne ne dit qu’il ne se soit  jamais arrêté.

A propos du lièvre et de la lune, permettez-moi une petite transgression. Lorsque j’apprenais le chinois notre professeur était vraiment surprise qu’aucun étudiant n’ait vu le lièvre sur la lune. Maintenant je le vois et si vous regardez la photo, vous le verrez aussi.

                                  lapin_dans_la_lune_blogappart



Le quatrième et dernier personnage habitant sur la lune et lié à la légende de Chang E s’appelle
Wu Gang. Ce dernier a fait des bêtises alors qu’il apprenait la magie auprès d’un immortel. Il fut puni à devenir un bûcheron sur la lune. Il n’y a qu’un arbre à couper mais il fait 500 pieds de haut et quand Wu Gang coupe une branche à gauche, une autre repousse à droite !

Au final qu’avons-nous sur la lune ? Un lièvre, solitaire apothicaire qui n’arrête pas de pilonner et dont personne n’a jamais entendu parler du moindre succès, pharmacologique ou autre. Et puis un bûcheron qui coupe des branches en vain, bien que des âmes bien intentionnées prétendent que sans lui les branches de l’arbre auraient recouvert toute la lune et qu’il n’y aurait depuis longtemps plus de clarté lunaire. Un lièvre, un bûcheron et enfin Chang E, une jeune femme qui est belle en vain (sans vouloir faire de sexisme.)
Ces vies absurdes dans l’air glacial du désert de l’astre de la nuit sont toutes reliées à des affaires d’immortalité et de fécondité. Le lièvre qui peut vivre mille ans et dont la fécondité sur terre ne fait aucun doute ; Chang E qui a avalé une herbe d’immortalité et qui en devenant déesse de la lune est aussi une figure de la fertilité et puis Wu Gang apprenti sorcier auprès d’un immortel et qui se voit condamner à éternellement couper un arbre de vie dont les branches, comme les humains meurent et naissent sans fin.
Trois personnages dans des rôles à contre-emploi! Dans une légende le lièvre va même jusqu’à s’imposer physiquement pour empêcher Hou Yi de poursuivre sa femme. On peut faire mieux comme coup de pouce à la fécondité.
Des personnages à contre-sens de ce que l’on était en droit d’attendre d’eux, comme ce serait, il me semble de un contre-sens, de voir une origines taoïste à ces légendes, dans l’état où elles nous ont été transmises.
De fait ces légendes nous plongent dans l’univers taoïste, pilules d’immortalité et vol dans les airs mais elles donnent une couleur glauque à ces pratiques, de plus en considérant qu’une des pratiques taoïste pour obtenir l’immortalité était de s’abstenir de manger des céréales ce serait tout de même fort de tabac de faire de la fête des moissons un évènement taoïste.
Si le but était de vouloir insister sur le fait que l’adepte quitte le monde des humains alors de nombreux textes nous montrent que les légendes taoïstes sont autrement hautes en couleur pour décrire ces voyages.

Oui, le soir de la Mi-Automne la lune est belle et c’est bon de se réchauffer autour d’un petit vin qu’on boit dehors, en famille, entre amis. Bonne épouse, brave disciple et serieux petit lapin.
Mais comme cette fête est triste pour celui qui est seule et qui rêve d’inviter Chang E pour une danse avec les étoiles.

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16 septembre 2007

Poésie de Mao Zedong: La Nage (1956)

po_me_MaoA peine ai-je bu l'eau de Changsha (1)

Que j'ai mangé le poisson de Wuchang (2)
Je traverse en nageant le grand fleuve infini
(3)
Laissant au ciel de Chu
(4) mes yeux jouir de l'espace

Sans souci du vent ni des vagues                                     

Mieux que dans ma cour en  promenade                                                          

Aujourd'hui je me trouve au large
Au bord d'un fleuve, Confucius dit :
C'est comme cette eau tout ce qui passe
Dans le vent s'agitent les mats
La Tortue et le Serpent
(5) restent calmes
De grands desseins sont conçus
L’'envol d'un pont
(6) unit le nord au sud
La faille infranchissable en deviendra passage
Des murs de pierre en amont construits
Retiendront de Wushan
(7) les nuages et la pluie
Dans la gorge escarpée surgit un lac uni
La déesse
(8) sans doute à soi-même pareille
S'étonnerait dès lors du monde tout nouveau.

(1) Tchangcha (Changsha) : cf.
(2) Woutchang (Wuchang) : dans la province du Hubei.
(3) Le Yangtsé
(4) Tchou (Chu) : nom d'une principauté à l'époque des Royaumes Combattants. Désigne ici une région qui s'étend sur le Hupei (Hubei) et le Hunan.
(5) Le mont Tortue est situé à Hanyang, dans le Hubei et le mont Serpent lui fait face, de l'autre côté du fleuve.
(6) Ce pont est le grand pont de Wuhan sur le Yangtsé, en cours de construction à l'époque du poème.
(7) Wouchan : montagne au sud-est du district du même nom, dans le Sichuan.
(8) Dans le mont Wouchan, se trouve un pic appelé pied de la Déesse, car, d'après la légende, c'est là que demeure une déesse qui contrôle les nuages et les pluies.
Cette traduction par
HO JU est parue aux éditions en langues étrangères de Pékin.

Mao regardait la natation comme le meilleur des sports et comme un symbole des forces humaines confrontées à la Nature, ces forces humaines qui ont jeté le pont (un arc-en-ciel de fer et d’acier, Mao dixit) sur le Yangtsé et qu’il voyait déjà entreprendre le barrage des Trois Gorges.
L’homme qui affronte la Nature c’est aussi Mao dix ans plus tard,en 1966, A 73 ans il nagea plus de 10 kilomètres dans le fleuve à Wuhan ! On le disait politiquement affaibli et des rumeurs le donnait pour gravement malade si pas déjè mort. Mao montra qu’il gardait la tête hors de l’eau et lanca la Révolution Culturelle.


mao_et_le_pont


Pour plus de traduction des poèmes de Mao visitez ce site philatéliste (!)
Les photos et infos natation me viennent de Le Vieille Homme et le Fleuve de Madeleine Lynn

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14 septembre 2007

Wuhan

Les échanges entre les provinces du centre de la Chine passent depuis des siècles sur le Yangtsé (le troisième plus long mapyangtzefleuve du monde) sur les bords duquel se sont installés les trois cités qui forment la ville de Wuhan : Hankou, Hanyang et Wuchang. Cette situation géographique stratégique vaut à Wuhan le nom de La Porte Des Neuf Provinces (Hubei, Hunan, Jiangxi, Henan, Sichuan, Gansu, Shanxi, Yunnan et Guizhou.)
Capitale du Hubei, la province des 1000 lacs, le territoire de Wuhan est composé de 25% d’eau. Il y a notamment le très beau lac de l’Est et la rivière Han, affluent du Yangtsé qui sépare Hankou et Hanyang au nord du Long Fleuve.
Sur l’autre rive du Yangtsé, Wuchang s’étale jusqu’au Lac de l’Est.

La découverte le la cité de Panlong fait remonter l’histoire de l’urbanisation dans la région à 3500 ans. Il ne faut cependant pas y voir un lien direct avec la genèse de Wuhan.
A l’époque des Printemps-Automnes (770-475 BC) et des Royaumes Combattants (476-221 BC), le royaume de Chu était l’un des grands royaumes de Chine, il  couvrait le Hunan et le Hubei mais il ne semble pas que la ville de Wuhan y ait eu quelque importance. La fondation de Wuhan date de la fin de la dynastie Han (206BC-220)  après
la bataille de Chibi, gruejqune_peinturel’empereur Sun Quan des Wu décide la construction d’une place d’arme et la fondation d’une ville, l’actuelle Wuchang. Sur le mont du serpent, la tour de la grue jaune, pagode symbole de la ville est une tour de garde qui date de cette époque.


Wuchang devient capitale de province pendant la dynastie Yuan (1279–1368) Hankou se developpe grâce au commerce sur le fleuve et sous les Ming (1368–1644) elle est l’une des quatre grandes villes commerciales chinoises. Son port sera ouvert aux investisseurs étrangers en 1861.
L’administration et les Universités à Wuchang, les affaires à Hankou et grâce à l’impulsion de gouverneur Zhang Zhidong (1837-1909) Hanyang deviendra le centre industriel de la région.

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Le 10 octobre 1911 une insurrection qui mènera à la fin de l ‘Empire et à la naissance de la République de Chine éclate à Wuchang. Le vingtième siècle voit la Chine change péniblement de visage : guerres civiles, ingérences étrangères, invasion japonaise, excès et errances du gouvernement communiste.
De cette période trouble retenons ici deux dates pour Wuhan : 1927, les trois cités sont réunies en une entité administrative sous le nom de Wuhan qui deviendra même, dix ans après, la capitale de Chine pour une année.
Et 1956, le président Mao écrit ces vers:

"La Tortue et le Serpent restent calmes                                                                                              la_grue_et_le_pont                           
De grands desseins sont conçus
L'envol d'un pont unit le nord au sud"

Le pont en question est le premier pont sur le Yangtsé. Inauguré quelques mois après la rédaction du poème, il relie le Mont du Serpent à Wuchang au Mont de la Tortue à Hanyang. Cet ouvrage d’art long de plus d’un kilomètre permet au trafic ferroviaire et routier de traverser le fleuve et donc d’unir le nord et le sud de la Chine dans cette ville à équidistance (un peu plus de mille kilomètres) des villes de Pékin, Shanghai, Canton, Chongqing et Xian.

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06 septembre 2007

Wuhan et la bataille de Chibi à l’époque des Trois Royaumes

Pour ce billet je devrais inclure le terme « histoire » et pourquoi pas « roman » à la catégorie « mythe et légendes. » Ne pensez pas que je mette tant de barrières entre ces termes et pensez encore moins que je vais m’attarder sur ce débat pourtant fort intéressant ; enfin chaque chose en son temps.

L’histoire des trois royaumes, un des grands romans fleuves de la littérature chinoise attribué à Luo Guanzhong (14ème siècle) raconte les astuces, les alliances, les trahisons et les guerres que se livrèrent les trois empires nés de l’éclatement de la dynastie des Han ( 206 av J-C – 220.) Les Trois Royaumes ( 220 – 280 ) c’est aussi le nom de la période historique qui suivit la fin des Han.

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L’empire Wei, celui de Cao Cao traverse la Chine septentrionale du Gansu à la Corée du Nord. Au sud du fleuve Bleu, le Yangtsé, il y a l’empire Shu qui ressemble au Sichuan actuel et puis le Wu qui couvre la Chine du sud-est.

Les acteurs de ces trois royaumes étaient tous au service du dernier Empereur de la dynastie Han et leur chef se sont battus pour réunifier la Chine, soit pour relever la dynastie Han soit pour la remplacer par une nouvelle dynastie, la leur. Cette nouvelle dynastie arrivera à la fin des Trois Royaumes et ce sera celle des Jin ( 265-316 ) originaire du royaume de Wei. Mais revenons à la bataille de Chibi le sujet qui m’intéresse ici et à ses protagonistes.

Des trois royaumes celui de Wei, le royaume de Cao Cao, au nord du Fleuve bleu était le plus puissant. Son armée avait depuis longtemps traversé le fleuve pour annexer le royaume de Shu, le plus petit des trois. L’armée de Shu en fuite s’était réfugié dans le troisième royaume, le Wu et grâce à l’habilité du stratège des Shu, Zhuge Liang, l’empereur des Wu accepta de se joindre au Shu pour combattre l’armée de Cao Cao.

Les armées alliés de Wu et de Shu feront face à celle de Cao Cao dans une passe surmontée de falaises du fleuve Yangtsé et l’issue de la bataille se décidera sur l’eau un élément que les hommes de Cao Cao, les Wei venus du Nord ne maîtrisent pas. Cao Cao demande à un général transfuge du royaume de Wu d’entraîner ses soldats. Intervient maintenant le redcliffpaintsfameux stratège des Wu, Zhou Yu. C’est lui le principal artisan (était-ce grâce aux conseils de Zhuge Liang ?) de la victoire de la coalition Wu/Shu qui compte 50 000 hommes contre les 200 000 de l’armée adverse. Par la ruse Zhong Yu obtiendra d’abord que Cao Cao fasse exécuter le général qui entraînait ses hommes aux combats navals. Ensuite il enverra Pang Tong autre stratège célèbre donner de faux conseils à Cao Cao. Pang Tong conseillera d’attacher tous les bateaux de la flotte des Wei et c’est ce qu’ils firent. En même temps Zhou Yu fit bastonner en publique son plus vieux général Huang Gai afin que les espions de Cao Cao puisse croire en la lettre de Huang Gai qui annoncera sa reddition. Quand Cao Cao reçut cette lettre il se posta à l’avant de son navire et attendit que le bateau de général de Wu s’approche. Ce que Cao Cao ne savait pas c’est que Huang Gai était à bord d’une véritable bombe flottante et quand il y mit le feu les bateaux des Wei, tout attaché qu’ils étaient prirent feu en un immense brasier qui rougit les falaises.
La défaite fut terrible pour Cao Cao qui ne put plus jamais avoir de projets pour réunifier l’empire sous son commandement.
Pour commémorer cette victoire Zhou Yu fit écrire deux énormes caractères sur la falaise « Chi » ( rouge) et « Bi » (falaise.)

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Chibi, maintenant dans la province du Hubei est la ville où nous avons acheté un appartement…mais revenons à nos moutons.
Après la retraite des Wei, les royaumes Shu et Wu s’installèrent plus stablement. En 223, l’empereur de Wu décida de faire de l’embouchure de la rivière Han dans le Yangtsé une place forte puis il ordonna d’y créer une ville qui deviendra Wuchang puis Wuhan, l’actuelle capitale du Hubei. L'emblème de la ville, la tour de la grue jaune daterait de l’époque des trois royaumes

L’histoire des Trois Royaumes qui mêle histoire, roman, légende, philosophie confucéenne a traversé les siècles. Certains de ses personnages sont devenus des dieux et plus récemment et plus prosaïquement des héros de séries télévisées et de jeux électroniques,
les plus connus étant Romance of the Three Kingdom, Dynasty Warriors ainsi que Kessen II.

Deux adresses pour approfondir le sujet: 1 et 2


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27 août 2007

la fête des fantômes

Le vent claque les tôles des immeubles en constructions, un portrait de Mao sur l’échafaudage n’est pas de trop pour conjurer les mauvais sorts, à côté l’allée des bouleaux frémit l’éclairage public vacille derrière les frondaisons comme s’il voulait se faire tout petit s’avaler et disparaître. Dans la pénombre les passants n’osent presser le pas bien que tous veuillent être à mille lieux de là. Il pleut de grosses gouttes épaisses comme de la poix de gros yeux noirs sur le goudron. Regard vide mais rageur des morts sans sépulture. C’est leur mois, le 7ème du calendrier et c’est leur jour leur nuit de pleine lune drapée de nuages sombres et lourds de menaces.
Leur décès survenu trop tôt ou des rites funéraires négligés les ont empêchés de rencontrer le greffier des Enfers celui qui ordonne la vie des âmes après la mort. Ils n’ont pas pu rentrer dans le cycle infernal qui débouche sur une renaissance. Ils sont encore plus malheureux plus torturés que ceux qui subissent les pires supplices dans le cinquième Enfer, celui du roi Yama.
Ces âmes damnées, privées de la société des morts errent toute l’année et causent mille malheurs aux humains. Le 7ème mois, quand la porte des Enfers s’ouvre et que les âmes des suppliciés ont loisir de faire un tour sur terre, les humains ne manquent pas d’offrir des offrandes aux âmes perdues afin qu’elles puissent entrer aux Enfers avant que la porte ne se referme, le dernier jour du mois.
C’est la fête des fantômes et bien sûr nous brûlerons de l’argent funéraire pour nos défunts mais ce n’est pas à proprement parler leur fête. Eux ils ont eu le droit de rentrer aux Enfers puisque nous avons fait les rites nécessaires, de plus il y aura la fête de Qingming, au début du printemps où toutes les familles iront dans les cimetières pour « balayer » les tombes.
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En Chine populaire les rites ont perdu de leur faste et les superstitions ne font pas vraiment bon ménage avec la vie côté cour. Comme souvent, tout le monde sait et personne ne parle ! Il y a de rares exceptions où l’observateur européen peut voir trace de ces traditions millénaires et l’une d’elles ce sont ces petits feux dans les endroits publics, au carrefour des routes ou au bord de l’eau, sans décorum, seul ou en famille nous y brûlons de l’argent funéraire pour que les morts ne soient pas démunis et qu’ils ne soient pas en colère contre nous.

Pour avoir une idée de l’imaginaire des Chinois et de ce que signifient ces superstitions muettes il est intéressant de lire ce qui se passe à Taiwan ou dans d’autres pays à forte population chinoise, voici ce que raconte Etienne Dessaut à Singapour.


Sources :
Henri MASPERO (1883-1945), Mythologie de la Chine moderne (1928)

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24 août 2007

le mythe du bouvier et de la tisserande

Les histoires de fées qui s’unissent bon gré, mal gré avec un paysan remplissent les folklores d’ici ou d’ailleurs. La Chine compte nombre de légendes où une fée renarde se montre sous ses plus beaux atours et gagne le cœur d’un pauvre terrien. Ces légendes qui ne se terminent que très rarement bien étaient un thème privilégié et récurent de la littérature. Voir la biographie de Dame Ren ou (8 siècles plus tard) la Renarde de Fenzhou par Pu Songling (LEVY, André, trad.), Arles : Picquier, 2005 


Contrairement à ces légendes de Renardes et autres revenantes qui quittent leur monde pour vivre avec les terriens, le mythe de la tisserande inclut un festival, le 7ème jour du 7ème mois, encore accompagné de rites à Taiwan et au Japon. La plus ancienne mention de ce mythe remonte à plus de deux mille cinq ans, dans le livre des Odes (Shi Jing)

La tisserande est une fille de l’Empereur Céleste, c’est elle qui tisse de ses doigts de fées les couleurs du ciel et ses variations saisonnières. S’ennuyant devant son métier elle décide de descendre sur terre pour se changer les idées. Avec ses six sœurs elle prend un bain dans un étang à proximité du champ où se trouve le jeune bouvier, orphelin de père et de mère.
Suivant le conseil de son ami le vieux bœuf, il vole les habits de la fée qui ne pourra se rhabiller que si elle accepte le mariage. Ensuite ils vécurent heureux, lui aux champs elle devant le métier à tisser tel un couple typique de paysans.
Avant que l’empereur ne se rende compte de sa disparition, la tisserande a le temps de donner deux enfants à son mari. Quand sous ordre de l’empereur elle est enlevée, le bouvier, qui porte ses deux enfants dans des paniers au bout d’une palanche retrouve sa piste jusqu’au ciel mais l’Impératrice céleste ouvre, d’un coup d’épingle a cheveux une rivière infranchissable entre les deux amants : la voie lacté ou en traduction littérale la rivière argentée.

Chacun se voit remis à sa place, le bouvier sur terre et la fée au ciel. Le rythme des saisons reste malgré tout perturbé vega_altairspar le désespoir de la tisserande alors l’Empereur est obligé de permettre à la petite famille de se revoir une fois par année, le 7ème jour du 7ème mois. On dit que ce matin là il bruine et que ce sont les larmes douces et amères de la tisserande qui retrouve son mari et ses enfants sur un pont de pies pardessus de la voie lactée.

SI vous regardez le ciel un soir d’été vous verrez deux étoiles brillantes de part et d’autre de la voie lactée, c’est le bouvier (Altaïr de la constellation de l’Aigle) et la tisserande (Véga de la constellation de la Lyre.) Plus simplement vous pouvez regarder une carte du ciel.


Dans les différentes versions du mythes nous retrouvons toujours les deux amants et leurs origines, le bœuf, la palanche et les deux enfants (L’étoile Altaïr a deux petites étoiles à ses côtés.)
Il existe des variantes quant à la rencontre des deux amants certains histoires racontent que la tisserande aurait été émue par le bouvier alors qu’elle était encore au ciel et qu’après leur mariage elle délaissa le tissage et lui les champs. D’autres disent que la tisserande enseigna son art aux femmes du village. On raconte aussi que c’est en se couvrant de la peau du bœuf que le bouvier a pu monter au ciel et retrouver sa princesse. Ce mythe raconte l’agencement du monde, le ciel en haut les humains en bas, il raconte la fin de l’âge d’or quand les bêtes pouvaient parler et que les humains pouvaient grimper jusqu’au ciel.

Je terminerai en faisant le parallèle avec l’histoire d’Orphée qui va chercher Eurydice dans un autre monde, les Enfers. Lui aussi pouvait parler avec les animaux et lui aussi perd son amour dans un espace non humain. Par contre la culture grecque ne lui laissera pas un jour par année pour transgresser les lois de l’agencement animaux-humains-divinités.
Pour terminer mes propres transgressions je note et cela sans vouloir y voir aucun lien possible que l’étoile de la tisserande (Véga) est dans la constellation de la lyre, la lyre d’Orphée qu’Apollon accrocha au ciel, d’autre part que notre constellation du bouvier n’a rien à voir avec l’étoile que les Chinois nomment le bouvier

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19 août 2007

la fête des amants célestes

Le 7ème jour du 7ème mois l'Empereur Céleste autorise ces deux amants pontd_hirrondelles                        

malheureux à se rencontrer  en travesant un pont formé par des pies.
Sur jour-là sur terre c'est la fête des amoureux que je vous souhaite tendre et coloréé.

Vous pouvez lire la légende du bouvier et de la tisserande en cliquant sur le pont d'hirondelles

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28 juin 2007

les feuilles de zongzi

Le terme de zonzi viendrait directement du type de feuilles que l'on emploie pour l'emballer, les zongye. Zongye ne décrit pas une essence particulière mais la forme de la feuille: comme une palme, longue et épatée.
Dans le village l'on m'a montré l'arbre en question en me disant qu'il s'appelle zongye, c'est à dire un mot générique et sans des recherches sur Internet je ne pourrais traduire autrement que buisson à feuille qui ressemble à des palmes. Dans les textes parlant de la tradition des zongzi l'on parle de bambou, de roseau et même de feuilles de lotus.
Sur Internet j'ai trouvé la photo de l'arbre que l'on m'a montré, il fait peut-être partie de la famille des bambous mais n'y ressemble pas. Il a le nom anglais de "tigergrass." Nom latin: Thysanoleana Maxima.                                                
Thy_Maxima

Posté par bbristo à 00:18 - mythologies et légendes chinoises - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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