16 août 2007
shanghai-bangkok
Laetia est venue depuis la Suisse pour passer ses vacances avec nous, faites un tour sur son blog!
http://www.shanghaibangkok.canalblog.com
13 août 2007
entre compartiments
Assis par-terre dans l’entre-compartiment ou sur un siège confortable c’est le même prix, pour avoir le second il faut réserver à l’avance ou avoir la chance qu’il y ait encore de la place mais il ne faut pas compter la-dessus.
En réservant une place vous êtes bien assis, pas serré et les voisins sont affables. C’est beau cette sympathie, née de la promiscuité d’être sur le même bateau mais il faut encore voir qui le hasard nous réserve et comme je ne suis pas joueur, je n’ai pas envie de risquer de devoir supporter de stupides voisins tout le long de la route.
Pour voyager, je préfère encore l’entre–compartiment même si mon billet me donne droit à un fauteil.
Là entre deux wagons je peux m’arranger de ne pas parler et d’envoyer se faire voir ailleurs les gens qui passent et essaient de m’aborder avec des questions qui ne m’amusent pas mais aussi, je peux offrir une cigarette à quelqu’un qui comme moi se tait depuis une heure. Dans l’entre-compartiment quand le train n’est pas plein comme un œuf, les gens ne font que passer. Ils fument une cigarette, discutent un peu et vont se rasseoir.
04 mars 2007
partir pour rester
Tirer la manette contre soi et régler la température en la pivotant vers la gauche ou vers la droite. L’eau chaude coule sur la peau crasseuse huileuse poussiéreuse collante merde j’ai oublié d’acheter un savon ! Il reste un petit paquet de shampoing du dernier hôtel cela ne fera pas l’affaire ; ce n’est pas grave je profite des sensations que me procure l’eau chaude qui ruisselle sur mon corps essaie de me décontracter et me jure de ne pas oublier d’acheter du savon quand je sortirai pour discuter du contrat.
A part de grosses taches d’humidité sur les murs l’appartement est plutôt bien tout y est : télé réfrigérateur VCD ordinateur Internet etc. Ne manquerait plus qu’une planche repasser ! Sur la table basse du salon j’ai vidé une partie de mon sac pêle-mêle tiens la batterie que je cherchais.
Par superstition je ne déballe que le nécessaire, peur de m’installer trop vite et de devoir repartir. J’éteins la télé - toujours aussi nul – et me couche sur le lit j’y ai mis un de mes draps j’essaie de me reposer les yeux grands ouverts je regarde le plafond et attend l’heure du rendez-vous.
Elle m’accueille tout sourire elle ne doit pas être encore mariée le fond de teint cache mal son eczéma elle est presque jolie son travail est de recruter puis d’arranger la vie quotidienne des profs étrangers sur le campus.
Elle aimerait que tout se passe très vite pour les papiers j’ai déjà le contrat sous les yeux demain ce sera la visite médicale le test HIV. Tu es en bonne santé ? Euh oui, oui. Il faudra encore l’obtention d’un certificat d’expert et puis avec ces papiers descendre jusqu’à Hong Kong pour obtenir le visa de travail ! Voilà c’est dit, bonne après-midi demain une voiture m’attendra devant la porte pour aller à l’hôpital.
Elle est pressée de rentrer chez elle, les vacances de la fête du printemps, mais elle doit attendre que les tracasseries administratives du dernier étranger arrivé soit réglé pour enfin profiter de son congé. Tu es en bonne santé ? Euh oui, oui.
L’Université est vide ou presque. Les rares étudiants que je croise ont tous des bagages à la main et se dirige vers la porte principale vers l’arrêt du bus 515 le seul qui passe devant l’Uni. C’est là qu’il y a une ribambelle de petits magasins, coiffeurs, restaurants et autres commerces. La plupart ont déjà tiré le rideau de fer. Vacances. 
La petite route est boueuse, à gauche de l’entrée il y a une grande mare pleine de détritus et puis des petits jardins potagers un peu partout c’est la campagne, il n’y a que les blocs vides de l’Université qui font plus de deux étages, six précisement.
Je trouve un petit magasin le vieux est à moitié sourd j’arrive quand même à acheter un savon et un peu de bière. J’en bois une en mangeant un bol de nouille - premier repas de la journée - regarde les étudiants qui rentrent chez eux les commerces qui ferment. Suis-je arrivé?
Le soleil commence à rougir je me promène entre les blocs vide, traverse le campus avec mon sac en plastique dans la main jusqu’à la porte de derrière. Il y a un sentier qui mène vers un petit lac. Suis-je en bonne santé ? Et le certificat d’expert ? Comment ? Où passerai-je la Fête du Printemps ? Avec qui ? Je me trouve une jolie pierre au bord du lac m’assied regarde le soleil grossir. Des paysans rentrent des champs ils ont planté des petits palmiers toute la journée.
26 février 2007
entre deux gares
Les fleurs de prunier et de cerisier parfument l’air du petit matin je traverse l’allée pour m’occuper du potager la terre est grasse de rosée et les mauvaises herbes sont faciles à arracher, cela fait je sors de ma poche droite des bandes de raphia pour attacher les plants de tomates aux tuteurs elle va m’appeler de la maison juste mon prénom le petit déjeuner sera prêt je me chante une petite chanson qui ressemble bizarrement à la sonnerie de mon portable. Patatras ! Je tombe de la couchette.
Il est cinq heures et demi du matin la fille qui est chargé de m’accueillir m’a appelé depuis la gare je commence à mettre un peu d’ordre dans mes affaires sors mon nécessaire de toilette et vais me rafraîchire. A mon retour un nouveau SMS elle me demande où je suis. Vu l’heure je ne devrais plus être très loin. Je devrais arriver à six heures. Nous sommes arrêtés entre deux gares et personne ne peut exactement dire où nous sommes, quelques dizaines de kilomètres, pas plus, de la gare où l’on m’attend.
Bruit de wagons je prends mes sacs traverse péniblement le wagon et vais me poster dans l’inter compartiment prêt à sortir. Le train s’arrête de nouveau mon téléphone portable n’a bientôt plus de batterie dernier message je devrais arriver à six heures et demi. Je cherche dans mon sac à bandoulière mais je ne trouve pas ma batterie de rechange. Calme je m’allume une cigarette chercherai plus tard je bois un peu d’eau chaude que j’ai versé dans la bouteille de vin de la veille et regarde par la portière. C’est un nouveau pays je n’y connais personne qu’une voix qui me dit qu’elle est déjà à la gare. 
Je suis déjà passé par-là mais ne me suis jamais arrêté je n’en connais pas plus que ce que je vois de la portière : des collines de théiers des palmiers à peine tropicaux les buffles d’eau dans les rizières des maisons à deux étages terrasse sur le toit où l’on suspend le linge la terre rouge orange un dialecte que je ne comprends pas. J’appuie le front contre la fenêtre et sombre dans mes pensées. Mon sac ! Où est la deuxième batterie ? Je ne la trouve pas. Je voudrais appeler là-bas la petite ville hier après-midi quand j’ai pris le bus avec mes kilos de bagages. L’appartement vidé j’ai dit au revoir sur le palier et me suis engouffré dans un taxi. Les avenues défilent comme des rideaux que je ferme sur mes trois ans dans la petite ville ; les élèves les collègues les amis les patrons les coups ratés les coups réussis les rires les pleurs mes folies les petits déjeuners dans l’appartement le bisou avant d’aller travailler les sourires et salutations aux voisins le bar tabac… J’arrive à la station de bus pour la capitale j’ai déjà mon ticket, le dernier hello moqueur et de ma part la dernière insulte. La dernière rangée de siège est vide, idéal pour la sieste.
Le train repart à vingt à l’heure nous sommes plusieurs entre les portes l’on m’offre une cigarette avec un drôle de regard pour la bouteille d’alcool que je descends au goulot. Quand arriverons-nous? Bientôt. Je refais les poches de mon sac rien à faire je commence à douter d’avoir amener cette satanée batterie. L’homme dans les beaux habits qui discutent avec la femme à côté de moi m’offre une nouvelle cigarette de luxe j’accepte. Un petit ouvrier de quarante ans nous demande d’arrêter de fumer sa mère le visage défait s’appuie sur leurs trois gros sac en plastic bon marché mais assez résistant. Nous arrivons ! Je descends le premier - j’étais devant la portière depuis plus d’une heure - pose mon sac parterre et pose une question toute bête à la chef de wagon du service diurne : Est-ce bien la gare X ? Non !
Quand tout ce qui devait descendre du train est descendu j’hisse mon sac et une fois la portière fermée j’y appuie mon front. Le train repart lentement vers là où je vais, là où je vais faire quoi ? Tout recommencer ? Le train s’arrête de nouveau il est plus de sept heures et avec le retard pris nous sommes relègués et obligés de laisser passer les trains de banlieue un deux trois quatre le train repart. Pour passer le temps je refais mon sac de fond en comble toujours pas de batterie. 
Huit heures vingt j’arrive à destination, enfin sur le bon quai j’y traîne mon sac et m’arrête pour souffler tous les trois pas. Ils reconstruisent la gare un vrai chantier et un labirynth pour enfin trouver la sortie. Après dix minutes je suis enfin devant la porte de sortie noire de monde qui cherche è s’extraire du boyau où un poinconeur vérifie les tickets un pas je pose mon sac un pas je pose mon sac ainsi de suite et finalement la lumière du soleil. Il y a autant de monde dehors pour acceuillir les passagers qu’il y a de voyageurs par chance ma peau blanche sort du lot et j’entends mon prénom.
22 février 2007
billet couchette
La portière du wagon couchette numéro 8 est gardée par une femme de plus de cinquante ans, uniforme casquette bleu foncé des chemins de fer. Je lui montre mon billet et elle me fait non de la tête. 20 kilos de bagage plus de quatre heures de route derrière moi et la tête du mec un peu fatigué, un peu. 
Comment fais-je pour encore avoir un litre de bière et une clope dans les mains ? Il est onze heures du soir ; le flic sur le quai à qui j’ai montré mon billet place assise me conseille d’aller voir dans le wagon 11, c’est là que se trouve le préposé aux réservations tardives et il devrait pouvoir me trouver une couchette. Je lâche mon sac à côté du flic et courre vers le wagon 11. Le préposé me répond négativement, c’est la période de la Fête du Printemps et le train est bondé. Il me dit que je peux toujours essayer de demander au chef du train ; c’est un jeune homme d’une trentaine d’année qui discute tranquillement sur le quai, sur son épaule il a le badge de chef du train. Il a l’air autant désabusé que je suis fatigué. Il n’insiste pas, puisque je suis étranger, et me fait un petit papier signé pour monter dans le wagon couchette numéro 8. Je lui demande trois fois s’il est sûr de son coup, je lui montre mon gros sac cent mètres plus loin et insiste sur le fait que je ne tiens pas à le porter pour des prunes. Le chef du train est catégorique j’aurai une couchette. Je retourne vers le policier et lui offre une cigarette il accepte en bougonnant.
L’air sévère et l’uniforme des chemins de fer elle me fait non de la tête je pose mes sacs prend une gorgée de bière, respire, et lui montre le papier que m’a fait le chef du train. Elle est un peu étonnée et me dit de m’installer sur la première couchette à droite. Je finis ma bière pose la bouteille quelque part sur le quai et essaie de soulever mes bagages. Je n’en peux plus, un passager me donne un coup de main pour hisser mon gros sac en plastic bon marché et assez résistant. Il fait un mètre de long sur septante centimètres de hauteur. J’en ai acheté six, tous remplis à craquer, cinq sont déjà partis par la poste.
C’est confort mon gros bagage est sous la couchette le sac a bandoulière planqué sous les coussins je me lève pour fumer dans l’inter wagon. Pas de voyageur debout pas de gamins qui pleurent pas de montagne de bagages de toutes les couleurs avec des gens assis dessus pas de toilettes transformées en places debout. Un calme irréel. La cheffe du wagon me dit de fumer un peu moins avec un reproche maternel dans le regard, elle est avec le chef du train qui encaisse l’argent du surplus pour la place couchette.
Le train s’ébranle je n’aurais jamais imaginé avoir une si bonne place. La cheffe du wagon me dit qu’il faut dormir et je n’ai pas l’intention de résister à sa façon de gérer son petit monde.
18 octobre 2006
du poisson pour le dîner
Culotte bas en laine sous le pantalon, moufles et bonnet je descends les escaliers, mon vélo est au bas de l’immeuble. Il est encore là. Les voisins me disent qu’il va disparaître, je réponds que personne ne voudrait d’une telle épave.
Je retire mes moufles pour le décadenasser, renfile mes moufles et enfourche ma bécane de marque "immortel ", de fait elle doit déjà avoir 20 ans. Je l’ai achetée dans la rue à un bricoleur qui s’installe tous les jours sur le trottoir près de chez moi.
C’est un vélo lourd, haut et long. Couleur noir rouillé. Il faut quelques mètres de zigzags pour trouver le bon équilibre, le verglas de ce jour d’hiver n’arrange rien. Ensuite, lorsque aucun obstacle ne s’interpose, vient l’impression de pouvoir rouler, filer 10000 lieux sans sourciller.
Quelques voisins me font signe, me demandent si je vais travailler ?
– Non, je vais faire des courses.
Jour de congé. Flâner et ramener de quoi préparer le repas de midi. Des légumes et du poisson.
Un mot à la gardienne en uniforme du xiaoqu et me voilà sur la piste cyclable. Odeur d’hiver, les pneus qui crissent sur la neige, devant moi un rickshaw trace trois lignes, des sillons où un peu d’eau commence à ruisseler, le soleil est aussi de la partie de ce matin d’hiver ; il est déjà neuf heures et demi.
La piste cyclable est protégée de l’avenue par une barrière de plus d’un mètre de haut. Peu de voitures et des petits immeubles bien carrés des deux côtés de la route. Je n’habite portant pas loin du centre ville, c’est un kilomètre plus au sud, vers le supermarché où je me rends. La circulation est y souvent dense. Ce petit centre-ville est comme la petite embouchure d’un vaste entonnoir où quelques kilomètres carrés citadins se hérissent au milieu d’un cercle champêtre de plus de 50 kilomètres de rayon.
Le petit klaxon du rickshaw trompette. Devant lui de longues tiges d’acier sur une charrette poussée à la main. J’essaie de doubler mais une vespa vient en sens inverse. Pas de sport aujourd’hui, roue libre, et puis j’ai trouvé un magasin qui vend ma marque de cigarettes. Je descends du vélo que je pousse sur le trottoir vers le petit kiosque. Le vendeur me demande si j’ai mangé, je lui demande si les affaires vont bien, lui offre une cigarette. Sont-elles des contre-façons ? Il veut savoir combien je gagne par mois, d’où je suis. Je réponds à peu près et m’en vais.
Je remonte sur l’ « immortel » et vais descendre du trottoir mais je dois d’abord laisser passer une belle grosse voiture noir luisant qui s’ébroue devant moi en direction de la piste cyclable.
Une belle et grosse voiture a la priorité sur une petite voiture qui a la priorité sur les cyclistes et les camions, sauf quand ils viennent à grande vitesse. Les deux roues ont la priorité sur les piétons. Cet ordre des préséances est cependant réversible suivant la fortune, la position sociale du cycliste ou du piéton, il faut être prudent sur tous les fronts. Droite ou gauche importe peu, c’est la priorité à formes variables. 
Avec force de coups de klaxons la voiture noire balaie la piste cyclable. Les cyclistes posent pied à terre, le pousseur de charrette presse le pas pour laisser la limousine rejoindre la route. Je ne vois plus le rickshaw, il a du trouver un moyen pour dépasser la charrette, peut-être un sprint sur l’avenue.
Le chauffeur de la voiture, sans doute un homme d’affaire, rejoint la route et continue de klaxonner.
Les longues tiges métalliques, plus de 5 mètres, ondulent à chaque pas de leur transporteur. Elles serviront peut-être au béton armé de l’appartement qu’achètera le petiot assis sur le porte bagage de sa maman, nous nous croisons. Elle est belle, jeune. Son coup de pédale est énergique et prudent à la fois.
La chaussée n’est plus aussi glissante qu’au premier jour quand toute la ville était blanche. Des collectifs de citoyens se sont formés pour casser les plaques de glace.
Les tiges de fer chaloupent souplement. Elles sont posées sur la charrette sans être attachées, leur poids suffit à leur assise. L’homme pousse en tenant les deux manches espacés d’un mètre. Dos courbé, bras écartés. Sous le bleu de travail élimé, il porte des vêtements de corps en coton synthétique et de haut en bas : deux culottes bas et trois pulls en mauvaise laine, tous tricotés par sa femme. Ce n’est pas un homme perdu ni un hors caste. Il a une maison, un ou deux enfants, et s’il vient de la campagne, il retrouvera sa femme pour la fête du printemps toute proche. C’est ce que son dos me dit.
Sur les côtés les boutiques de plus en plus nombreuses finissent par ne plus s’interrompre. J’envisage une tentative de dépassement de la charrette mais des rires derrière mon dos me retiennent, je me fais doubler par deux jeunes échevelés qui discutent gaiement sur le même vélo.
Jour de congé, je n’ai qu’à pédaler tranquillement et puis le supermarché n’est plus qu’à une centaine de mètres.
Nous arrivons au carrefour du centre ville, en fait un rond point. Pas de feux rouges, pas de policiers, pas de passages cloutés ; juste une ouverture dans la barrière qui sépare la piste cyclable de la route et qui de toute évidence montre l’endroit où l’on peut traverser. Je ne sais pas comment s’y prendra l’homme à la charrette.
Un rapide coup d’œil, un slalom rapide entre les voitures me permettent de me retrouver de l’autre côté avant même qu’il n’ait réussi à freiner sa charrette.
Devant le supermarché il y a le rickshaw de tout à l’heure, le chauffeur discute avec ses collègues au milieu d’un troupeau de ces véhicules faméliques. Ils me regardent et ricanent. Je pose pied à terre un peu plus loin, devant la porte du supermarché. Fermé ! Je trouve un employé qui me dit que, pour je ne sais quelle raison, ce matin c’est fermé.
Il me reste le marché et ses prix élastiques. Les légumes et autres viandes y sont généralement moins chers et de meilleure qualité, mais que de palabres pour une laitue ! Avec mon statut de peau de riche, je pars rarement gagnant dans les marchandages. J’y vais quand je suis de bonne humeur ou quand je n’ai pas le choix puisque l’on m’a envoyé faire les courses. Si j’étais seul, je me contenterai d’un bol de nouille dans un petit restaurant. Enfin allons-y, cap vers l’ouest, ensuite je pourrai rentrer chez moi par un autre chemin. J’aime ne pas devoir faire le même chemin en sens inverse.
J’entends les hellos rieurs des chauffeurs de rickshaws dans mon dos, j’essaie de ne pas y prêter attention. Je dois retraverser la route. Je ne sais pas pourquoi, justement à cet endroit il n’y a pas de policiers. Peut-être parce qu’il n’y a pas de feux rouges ? A bien y réfléchire c’est sans doute pour ne pas entraver la fluidité du trafic. Ils sont présents à tous les carrefours du centre, sauf au plus important.
Je ne sais pas quel critères ils ont pour arrêter un véhicule. Je les vois toujours occupés à essayer de dresser des PVs et l’automobiliste est toujours en train d’appeler quelqu’un sur son portable. Si la police avait des actions dans les télécoms, elle pourrait refaire une partie de l’argent des PVs qui sautent grâce à un coup de fil.
Je n’ai pas de conseils à leur donner. Je freine. Un bus s’est arrêté devant moi et les passagers encombrent la piste cyclable. Une jeune fille en profite pour glisser une publicité dans le panier accroché à l’avant de mon vélo. Du papier glacé, certainement une publicité pour acheter un appartement dans l’un de ces nombreux nouveaux immeubles. Les passagers du bus se sont dispersés, en laissant quelques hellos dans l’air frais. Je reprends un coup de pédale aisé, la fille du prospectus était jolie.
Cette artère est fréquentée, pas de neige sur la chaussée. Sur le trottoir, des petits vendeurs proposent des livres, des lunettes de soleil et des ceintures. J’arrive à hauteur d’un marché, ce n’est pas celui de mon quartier et je n’ai aucune chance d’en ramener quoique ce soit de valable. J’y jette un œil, pas long, un ballon roule devant ma roue, un gamin courre derrière mon vélo, le cycliste qui vient en face fait grincer des freins rouillés.
Au prochain carrefour je prends la rue qui remonte vers le Nord. Quelques agents de police et une camionette. Ils y entassent des vespas sans plaques d’immatriculation et celles qui polluent trop. Effort national pour enrayer la pollution, améliorer le trafic, les ordres viennent de la capitale et ce n’est pas la peine d’essayer de téléphoner pour obtenir un passe droit. Mei banfa ! Y’a rien à faire, c’est comme ça.
Cette rue est plus étroite, le goudron est de nouveau recouvert de plaques blanches, il y a des nids de poule.
Sur les côtés, des petits ateliers de serrurerie. A même le trottoir des ouvriers assemblent et soudent des barres de métal. Le principal de leur production ce sont des barreaux assemblés, avec plus ou moins de goût, que l’on pose devant les fenêtres pour se prémunir des voleurs. J’en conçoit l’utilité pour les étages du bas, mais ces barreaux envahissent les fenêtres jusqu’aux derniers étages. Un signe extérieur de confort, une manière de mieux renfermer l’intimité familiale ? Eux ils soudent et si la commande est bonne, ils ne s’arrêtent qu’après dix heures du soir. Entre ces ateliers, il y a des salons de coiffure pour hommes fatigués. Derrière des portes de verre fumé, des jeunes filles venues de la campagne proposent des soins capillaires, un chouette shampoing avec un massage du crâne et des omoplates. Elles vous remettent un homme à neuf. J’essaie d’en apercevoir quelques unes mais elles sont toutes à l’intérieur, serrées autour d’un poêle.
Qu’est-ce que je devais acheter déjà ?
Quelqu’un m’interpelle, c’est un son différent des hellos dans mon dos. Je m’arrête, retourne la tête. Oh c’est lui. Je lui explique que je ne peux accepter son invitation pour le déjeuner, je suis en route pour faire les courses et j’ai du monde à la maison. Alors ce sera pour une autre fois.
16 octobre 2006
Chemises ouvertes
Les chemises des hommes et les fenêtres du minibus sont ouvertes. Les suspensions torturées par les routes de campagne grincent au rythme de la musique techno. A chaque nid de poule nous sommes une trentaine à tressaillir en cœur.
L’horizon est dominé par l’imposant massif de la Montagne Noire ; d’autres monts, plus modestes, sont disséminés selon les caprices de la Nature et des hommes qui y creusent des carrières, des tranchées et des tunnels. Leurs cultures et les tombes de ceux qui y ont travaillé colonisent ces mamelons minéraux où, entre une fine couche de terre et un ciel sans pluie, broussaille une végétation sauvage.
Un vieillard fume la cigarette que lui a offerte le chauffeur, ma voisine de siège a jupe et jupon remonté sur le haut d’une paire de jambe en ivoire. Derrière mes lunettes de soleil j’accroche mon regard à la bouteille de bière que je triture entre mes mains.
Le rythme des pas d’une mule, ses clochettes cliquettent entre les blocs de six étages. Elle hale une charrette sur la petite route qui se reflète dans ses yeux mouillés.
Autour des immeubles, il n’y a pas de mur d’enceinte, pas de gardien. Les hommes que je croise sont grands et fiers, ils me dévisagent d’un air goguenard. Les femmes ont le corps droit, souple et ferme, elles baissent les yeux sur des dentelles en polyamide qui boudinent le contour de leurs sous-vêtements.
Un portail brinquebalant ouvre sur un verger, les fruits étincellent de santé. Je me faufile entre le feuillage qui ruisselle vers la terre cuivrée. Etourdi par les réverbérations et les odeurs, je m’allonge sous un pêcher, l’épaisse frondaison filtre le soleil d’été. Bercé par le vrombissement des libellules, j’égrène des poignées de terre chaude entre mes doigts.
le locomotion
L’intérieur du wagon ressemblait à une suite de petits salons d’exposition : l’éclairage au Néon balayait les banquettes de velours bleu, ne manquait qu’un bouquet de fleurs artificielles sur les tables.
Deux heures après, l’intimité volée par les néons n’est plus qu’un souvenir étouffé par la masse des voyageurs : pénombre humaine, magma de chair résigné. Je discerne à peine la vitre noir satin de l’autre côté du couloir.
La tête de Xiaxia, endormie, est appuyée sur mon épaule ; à ma gauche, côté fenêtre, un homme habillé d’un costume élégant dort aussi, il est affalé sur la petite tablette, un journal sur la tête. En face de nous, un couple de vieux paysans au visage creusé par la même charrue se tient droit, ils ont les yeux grand ouverts, immobiles. Au bout de leur banquette, un jeune homme emmailloté dans un pull-over pistache, tricoté main. De l’autre côté de l’allée, où se serrent les passagers sans ticket numéroté, son amie porte le même pull-over, elle dort aussi.
Derrière la fenêtre, bordée d’une épaisse bande de glace, la nuit traîne sur la plaine gelée.
Xiaxia ne bronche pas quand j’appuie sa tête sur le dossier ; j’ai besoin d’aller aux toilettes.
Dans l’allée, je slalome entre les voyageurs debout tout en enjambant des corps enchevêtrés jusqu’à mes genoux. A la recherche de quelques centimètres carrés pour poser mes pieds j’oscille entre prévenance et rudesse.
Dans l’inter wagon, qui n’est pas chauffé, je continue ma progression en comprimant ma poitrine contre d’autres qui exhalent la même haleine givrée.
Seul ! En position accroupie, les fesses à l’air, je profite de mon intimité retrouvée, je m’évade dans mon corps au singulier.
Des coups contre la cloison de Formica me rappellent que je ne suis pas le seul à en avoir besoin !
J’ouvre la porte, mais face à un mur humain je dois d’abord laisser entrer quelqu’un pour sortir. Elle prend ma place et je prends la sienne.
Je parviens à me faufiler jusqu’à la portière du wagon. Pour voir dehors, je pose ma paume contre la fenêtre recouverte de givre : mes 37 degrés éclipsent, un instant, l’opacité glacée. Tout ce que je parviens à distinguer ce sont des champs gelés et des plaques de neiges qui rosissent. Je fume une cigarette.
Dans mon dos, une femme, la tête enveloppée dans un mauvais tissu criard a les lèvres gercées, la quarantaine brûlée par le froid. Il y a aussi cette jeune femme avec les cheveux de Blanche-neige et la peau lisse et rouge, comme une pomme. Dans sa gabardine militaire à col en fausse fourrure, elle reste immobile, comme figée ; son regard de sphinx n’est troublé que par la sonnerie de son téléphone portable.
Un homme dans la quarantaine, habillé d’une autre sorte de complet veston que mon voisin de siège, essaye d’entraîner ces voisins à se moquer de l’étranger qui devrait se payer un billet d’avion. Sous sa veste gris sale, une chemise qui hurle avec une cravate qui jure achèvent son look « nouveau pauvre. »
Sourire d’un vieillard bien conservé à qui j’offre une cigarette ; j’esquive son regard lumineux, quoi se dire ?
La porte, qui isole l’inter wagon, est bloquée. Derrière le plexiglas, une femme se lève lentement pour me permettre d’entrer dans le compartiment. Elle maintient, emmitouflé dans une épaisse couverture rouge, son bébé serré dans ses bras.
Quand j’atteins mon siège, mon élégant voisin se lève, c’est à son tour d’aller aux toilettes, puis c’est le vieux couple : la femme d’abord, le mari attend son retour.
Xiaxia se réveille au passage du chariot de riz. Elle se rendort après le petit déjeuner. Le jeune homme au pull-over vert n’a pas encore ouvert les yeux, il a maintenant la tête appuyée sur l’épaule de la paysanne. Son mari se tortille pour sortir deux soupes instantanées du sac suspendu au-dessus de sa tête. A l’intérieur de l’emballage, en forme de bol, il y a des nouilles et trois petits sachets contenants des épices, des légumes séchés et un jus de viande ; ne manque que l’eau chaude.
Après un dialogue stérile entre le vieux et ses boîtes de soupe, l’homme au complet lui montre la petite encoche qui permet d’ouvrir les sachets plus facilement. Il fait ensuite passer, de passager en passager, les bols de nouilles sèches qui reviennent pleins du précieux liquide.
Le soleil s’étire maintenant sur des champs sans neige, le train file vers le Sud et la glace du bord de fenêtre commence à fondre. Mon voisin éponge avec du papier de toilette l’eau qui coule sur la table où j’écris. L’eau qui coule par terre se transforme en flaques noires où roulent mes bouteilles de bière vides.
Le rouleau de papier de toilette serait vite épuisé si la paysanne n’avait, d’un geste sûr, détaché et jeté par terre ce qui restait de glace autour de la vitre. Son mouvement a réveillé le jeune homme au pull pistache. Il referme rapidement les yeux, geint un peu et se rendort.
Le vieil homme se contorsionne à nouveau et sort du sac un jeu de cartes neuf. Après avoir à peine brassé les cartes, il commence avec sa femme un jeu proche du poker. J’assiste à un déferlement de carrés par ordre croissant : du carré de deux au carré d’as. Pas plus surpris que ça le vieux redistribue les cartes et les carrés apparaissent cette fois-ci dans le désordre. Trouvant, sans doute, ce jeu ennuyeux, ils abandonnent après la deuxième partie. Un peu déçu de voir une image de l’ignorance que les Chinois des villes prêtent aux villageois, je ne peux cependant m’empêcher de sourire.
Avant de descendre du train ils préviendront Xiaxia de se méfier de moi, de mon air intelligent !
L’homme élégant s’est trouvé une place dans un compartiment couchette. Je suis maintenant appuyé contre la fenêtre, deux pull-overs pistache en face de moi. La conversation est inévitable. Il est cadre dans une fabrique d’habits, où elle est ouvrière. Leurs tricots sont en fait tricotés à la machine, et ils s’en sont fiers. La conversation ou plutôt ce que j’en comprends, m’ennuie.
Je profite de l’arrivée d’une vendeuse de porte-clés à usages multiples : coupe-ongles, décapsuleur, etc. pour me remettre à écrire, au milieu d’un concert de « clic, clic. »
Après s’être coupé les ongles, le père de famille de l’autre côté de l’allée se cure les oreilles avec la micro cuillère incorporée. Quand il a fini, le jeune cadre lui emprunte l’outil, il nettoie le reste de cire de son voisin a l’aide d’un angle de son livre : « Comment faire des jumeaux », puis il se cure consciencieusement les oreilles. Son amie trouve à redire, finit le travail a la main.
J’emprunte l’outil pour décapsuler un demi-litre de bière.
Un ange passe avec la grâce d’une gamine de 100 kilos faisant un grand écart.
Xiaxia discute depuis plus d’une heure avec nos voisins en vert. Je lève quelques fois les yeux de ma page pour esquisser un sourire poli. Il est 5 heures et demie de l’après-midi, encore douze heures à tirer.
La fin du voyage, comme une possibilité à envisager, me rend plus communicatif. Je propose de jouer aux cartes. Le jeu me permet d’être plus sociable, tout en évitant que la conversation au sujet de mon pays, mon âge, mon salaire, mes frères et sœurs, ma religion, etc. ne prenne un tour sérieux pour tout de même s’embourber où elle avait commencé, c'est-à-dire entre méfiance et incompréhension.
Xiaxia me pousse du coude pour que je regarde par la fenêtre. Le soleil irise d’or une brume d’argent, le paysage ressemble à ces aquarelles de rochers pommelés. Je demande où nous sommes ? « En Chine » me répond le jeune cadre avec une fierté teinté d’arrogance qui dissimule mal son ignorance sur la géographie des lieux.
Le soleil disparaît derrière les collines qui défilent, puis réapparaît toujours plus rouge, plus gros. Je n’arrive pas à me concentrer sur les cartes, j’abandonne le jeu pour regarder dehors.
Juste avant que la nuit tombe un panneau publicitaire géant me renseigne : le train traverse la région du mont Tai Shan où, il était une fois, l’Empereur terrestre rencontrait celui du Ciel.
Le compartiment est à nouveau éclairé par les néons, je ferme les yeux.






